Rivalité de Légende : Alain Prost – René Arnoux

Durant la saison de Formule 1 de 1981, René Arnoux alors pilote pour l’écurie Renault depuis 1979 voit débarquer un jeune coéquipier qui vient de boucler a première année en F1 dans l’écurie McLaren, le jeune Alain Prost. Un duo Français dans une écurie française, ça sentait bon le cocorico, mais il n’en fût rien. Les deux pilotes, bien trop différents, devinrent rivaux avec un point d’orgue au GP de France en 1982. 

Alain Prost 

Né en 1955, Alain Prost développe très tôt une attirance pour le sport automobile. Comme tout jeune pilote automobile, il gravit les échelons en devenant Champion de France, d’Europe Junior de Karting et en 1974 il devient Champion du Monde Senior.

Après un passage réussi en Formule Renault, où il gagne aisément le Championnat, il gagne successivement le titre de champion de France et d’Europe de Formule 3.

Alain Prost 2

Alain Prost obtient son premier baquet dans l’écurie McLaren en 1980. Sa première saison en Formule 1 ne sera pas de tout repos. La McLaren M29, voiture qu’il pilote à cette époque, est loin de répondre à ses attentes. La voiture est mal conçue, mal réglée, et la fiabilité fait cruellement défaut. Ainsi, malgré quelques bons résultats (quatre courses où il termine dans les points), il sera victimes de nombreux abandons et au terme de sa saison, malgré l’arrivée de Ron Dennis qui dirigera très longtemps l’équipe McLaren, il décide de changer d’écurie pour se rendre chez Renault Elf où il rejoindra son compatriote et futur coéquipier René Arnoux.

René Arnoux

Né en 1948, René Arnoux est un jeune pilot qui met du temps à percer et à réussir dans le sport automobile. Il gagne le Challenge Européen de Formule Renault en 1973 et le Challenge Formule Renault Europe en 1975. Deux ans plus tard, il devient Champion d’Europe de Formule 2, ce qui lui vaut de se faire remarquer par le monde de la Formule 1. En 1978, et à l’âge de 30 ans, il fait ses grands débuts en Formule 1 dans la petite écurie Martini. Cependant, l’écurie n’a pas assez de moyens pour se mettre en évidence, victime d’une faillite en cours de saison, René Arnoux se retrouve sans baquet. Il arrive cependant à rejoindre en fin d’année l’écurie Surtees, mais là encore, cette dernière est au bord de la faillite.

Malgré une saison où il dispute seulement six Grand Prix et où il ne marque aucun point, il rejoint en 1979 l’écurie Renault aux côtés de Jean-Pierre Jabouille. Il termine 8ème du Championnat cette année et voit arriver l’année suivante un nouveau coéquipier, le jeune Alain Prost.

La cohabitation Prost – Arnoux

En 1981, Prost arrive dans une écurie où René Arnoux vient de prendre l’ascendant psychologique sur son, dorénavant, ancien coéquipier. Ce dernier est en pleine confiance. Prost a une personnalité très différente d’Arnoux, et les premiers contentieux émergent rapidement entre les deux pilotes. Arnoux est un pilote agressif et instinctif sur la piste par contre il ne s’intéresse pas à la mécanique et à l’amélioration de sa voiture. Prost quant à lui est très souvent dans le garage pour peaufiner sa voiture. Tout ce qui l’intéresse c’est la victoire et contrairement à Arnoux, qui revendique son côté Français, Prost avoue qu’il se sent plus proche de la culture anglaise, laissant ainsi émerger une préférence pour son ainé dans les gradins.

Team Renault

Cependant, Prost devient rapidement le pilote N°1 au sein de l’équipe Renault. De part son envie de progresser, il fait évoluer en même temps son écurie et sa voiture. Il signe trois victoires sur la saison jouant même le titre. Arnoux quant à lui ad du mal à suivre. Certes il enchaine les pôles positions mais il n’arrive pas à conclure lors de la course du dimanche. Plusieurs tensions commencent à apparaître entre les deux pilotes lors du Grand Prix d’Italie, alors que Prost l’emporte, Arnoux reste muet et ne célèbre pas la victoire de Renault.

René Arnoux

En 1982, la saison commence de manière impressionnante pour Prost, qui enlève les deux premiers GP de la saison. Mais suite à des problèmes liés au système d’injection électronique, les courses suivantes s’annoncent bien compliquées pour les deux pilotes, allant même à les priver de points jusqu’au 9ème GP de la saison.

À domicile lors du GP de France, Renault veut renouer avec la victoire et effacer les déboires des dernières courses. Gérard Larrousse, alors directeur de l’écurie vient voir Arnoux pour lui demander de pousser au maximum sa voiture afin que les Brabham-BMW tirent sur leur mécanique jusqu’à l’abandon. Ainsi les Renault pourraient ralentir et économiser leur mécanique. Une fois réussi, Arnoux doit laisser passer Prost pour la victoire car il est mieux placé au Championnat du Monde. Arnoux accepte, mais Prost au courant de la stratégie reste perplexe et à du mal à croire que son ainé ait accepté cette stratégie, allant à l’encontre de l’envie de gagner d’un pilote. Arnoux n’a plus remporté de courses depuis plus de deux ans, et le leader du Championnat du Monde n’ayant pas beaucoup de points, Arnoux peut encore mathématiquement être Champion.

Prost Arnoux

Durant la course, les Brabham-BMW abandonnent, comme prévu dans la stratégie de Larrousse. Arnoux se retrouve en tête, un panneau agité par Renault indique la chose suivante : 1. Prost 2. Arnoux, pour respecter le plan prévu. Mais Arnoux ne respectera jamais cette consigne, gardant la tête et franchissant la ligne, victorieux devant les siens et entraînant la fureur de Prost. Ce dernier, interrogé par les médias, se plaint ouvertement de l’attitude du vainqueur, mais le public avait déjà sa préférence depuis bien longtemps, portant aux nus Arnoux pour son tempérament, son attitude, sa bonhomie et laissant de côté un Prost froid et calculateur.

Une anecdote résume bien cette situation de désamour : Prost s’est un jour présenté à une station-service pour faire le plein d’essence, le pompiste le prend pour Arnoux et lui dit : « Vous avez eu raison Monsieur Arnoux, ce Prost c’est un vrai petit con ! ». Pire encore, Prost reçu par la suite des menaces téléphoniques et trois de ses voitures furent brulées.

Alain Prost 1

Arnoux était complètement détaché de cette situation, en secret il avait signé un contrat avec Ferrari pour l’année suivante. Cette petite guerre en interne fragilisa les deux pilotes, notamment Prost qui avait de meilleures chances de gagner le Championnat. Kéké Rosberg bénéficia de cette mésentente des pilotes pour remporter le titre. Prost et Arnoux se quittèrent l’année suivante, le second signant une 3ème place avant de tomber bien bas en termes de classement. Prost remportant quant à lui au fil de sa carrière quatre titres de Champion du Monde, regagnant ainsi l’amour du public français