Rivalité de Légende : Alain Prost et Ayrton Senna

Ayrton Senna et Alain Prost

Rivalité de Légende : Ayrton Sena et Alain Prost

Ce mois-ci, nous allons consacrer un dossier à une rivalité de légende qui rythme encore les écoles de formation des pilotes automobile, celle de Alain Prost et Ayrton Senna. Prost et Senna étaient deux pilotes hors du commun. Pour se surpasser, ils avaient besoin l’un de l’autre. Plus qu’une rivalité, la future cohabitation qu’ils auront chez McLaren à la fin des années 80′, donnera naissance à une amitié non dévoilée mais pourtant terriblement importante.

Les débuts de Alain Prost

Alain Prost est né en 1955 à Lorette, petite ville de la Loire. Très tôt il développe une attirance toute particulière pour le sport automobile. A 18 ans, il devient Champion d’Europe Junior de Karting, et quelques semaines après il devient Champion de France.

Alain Prost

C’est en 1974, qu’il devient cette fois-ci Champion du Monde senior de Karting.

En 1975, il devient lauréat du Concours du Volant Elf (Concours disputé au Castelet et ayant pour but de déceler les futurs talents automobiles). Ce titre lui donne l’opportunité d’effectuer une saison complète en Formule Renault. Lors de sa première saison en 1977, il remporte 11 courses sur les 12 que comprend le Championnat et il devient alors Champion de Formule Renault.

En 1979, il gagne successivement les titres de champions de France et d’Europe en Formule 3. A la fin de cette année, Teddy Mayer, directeur de l’écurie McLaren en Formule 1, lui donne la possibilité de se mesurer à son équipe de course pour des tests. Alain Prost va réaliser de meilleurs temps que le pilote N°1 de l’écurie John Watson, ce qui lui vaudra un contrat et donc un baquet pour la saison 1980 de Formule 1.

Sa première saison en Formule 1 ne sera pas de tout repos. La McLaren M29, voiture qu’il pilote à cette époque, est loin de répondre à ses attentes. La voiture est mal conçue, mal réglée, et la fiabilité fait cruellement défaut. Ainsi, malgré quelques bons résultats (4 courses où il terminera dans les points), il sera victime de nombreux abandons et au terme de sa saison, malgré l’arrivée de Ron Dennis qui dirigera très longtemps l’équipe McLaren, il décide de changer d’écurie pour rejoindre Renault Elf.

1981, Prost évolue pour la première fois au volant d’une Renault. Lors de cette première saison, il est souvent victime d’accrochage et de défaillance mécanique. Sa relation compliquée avec son partenaire de course René Arnoux ne facilite pas les choses. Au terme de cette saison, il terminera 5ème au classement général des pilotes. L’année suivante, Prost impressionne par son début de saison, il s’adjuge les 2 premiers Grand Prix en Afrique du Sud et au Brésil. Cependant, sa collaboration contre-productive avec René Arnoux et les défaillances à répétition de sa monoplace ont raison de sa saison. Prost ne gagnera plus et pire, il abandonnera sept fois au cours de la saison.

renault Elf Alain Prost

En 1983, Prost, bien que débarrassé de son co-pilote, n’arrive toujours pas à passer au travers les problèmes de fiabilité de sa voiture. Bien qu’en tête du classement des pilotes une grande partie de la saison, il perd le Championnat suite à des erreurs de pilotages mais surtout à des pannes récurrentes de turbocompresseur. Cette année là, Prost perd le titre de Champion du Monde pour seulement 2 points au profit de Nelson Piquet.

Excédé par cette défaite, Prost claque la porte de Renault et décide de rejoindre son ancienne écurie McLaren-Tag. En 1984, bien que détenteur du record de courses en une saison (sept au total), Prost doit une nouvelle fois s’incliner pour un demi-point face à son coéquipier de légende Niki Lauda, qui se montre plus régulier au cours de la saison.

En 1985, il survole le Championnat des Pilotes et est sacré Champion du Monde sur l’avant-dernière course. Prost devient ainsi le premier Champion du Monde Français de Formule 1.

Alain Prost

En 1986, la concurrence devient rude pour Alain Prost. Lors de l’avant-dernier Grand Prix sur le circuit d’Adelaïde en Australie, Prost, Nigel Mansell et Nelson Piquet se tiennent en sept points. Suite à des défaillances techniques, le français réussi à remporter la course et par là même son 2ème titre de Champion du Monde. McLaren-Tag est en déclin dès l’année suivante, et Prost, malgré une 28ème victoire en carrière, battant ainsi le record de Jackie Stewart, passe à côté de sa saison et termine la saison à la 4ème place.

 

Les débuts de Ayrton Senna

 Ayrton Senna est né le 21 Mars 1960 à São Paulo, au Brésil. Dès son plus jeune âge il est initié au sport automobile et fera ses grands débuts en Karting, où il deviendra Champion d’Amérique du Sud à seulement 17 ans. Un an plus tard, il devient Vice-Champion du Monde de la spécialité et récidive à la même place en 1979.

Senna

En 1981, il part en Grande-Bretagne, où il s’adjuge cette année-là le titre de Champion de Ford 1600 Britannique, puis celui de Champion de Ford 2000 en 1982. En 1983, il devient Champion du Monde de Formule 3 (antichambre de la F1, visant à révéler les futurs pilotes de Formule 1).

Sa facilité de pilotage et son envie de gagner sont rapidement repérés dans les paddocks de la Formule 1. En 1984 il fait ses grands débuts en Formule 1 avec l’écurie Tolman.

Lors du Grand Prix de Monaco en 1984, des trombes d’eau s’abattent sur la piste. Jackie Ickx décide d’interrompre la course au 32ème tour pour préserver la sécurité des pilotes.

Alain Prost, alors en tête de l’épreuve, ralenti et rejoint à vitesse réduite la ligne d’arrivée, comme le prévoit le règlement en cas de neutralisation définitive de la course. Ayrton Senna n’avait que faire du règlement, il était en grande forme ce jour-là, et malgré la pluie torrentielle, il venait de reprendre 25 secondes à Alain Prost en 12 tours. Il continu d’accélérer et passe finalement la ligne d’arrivée en 2ème position. Il évite la disqualification suite à son comportement en course et se fait rapidement repérer par sa future écurie qui le recrute pour l’année 1985, l’écurie Lotus-Renault.

Lors sa première saison dans cette nouvelle écurie, le brésilien, au volant d’une voiture capable de rivaliser avec la McLaren de Prost, la Ferrari d’Alboreto ou encore la Williams de Rosberg, va rapidement confirmer son talent de pilote en signant sa première victoire en Grand Prix lors de la seconde manche de la saison au Portugal. Il récidive lors du fameux Grand Prix de Spa-Francorchamps. Cette année là, Senna aura signé sept pôles positions, deux victoires et trois meilleurs tours en courses. Il finit 4ème du Championnat du Monde des pilotes, gagné cette année-là par Alain Prost.

En 1986, Senna récidive en signant une saison un peu plus aboutie que la précédente. Il est de plus en plus à l’aise dans son équipe, participe au développement de sa voiture et cette année-là, il remportera le Grand Prix d’Espagne mais également celui de Détroit, aux Etats-Unis. Au final, il terminera une nouvelle fois 4ème du Championnat du Monde, et Prost remportera une seconde couronne.

En 1987, l’enfant terrible de la Formule 1 effectue une nouvelle une saison convaincante, mais ne parvient pas à prendre la tête du classement. Il gagnera tout de même deux courses et montera sur huit podiums, mais il finira finalement 3ème du Championnat, dominé cette année par son coéquipier Nelson Piquet.

 

Senna – Prost, le début d’une rivalité et d’une collaboration

 1988 inaugure le début de la cohabitation entre Alain Prost et Ayrton Senna. En effet, le brésilien quitte Lotus pour rejoindre Prost chez McLaren-Honda. Cette première année se déroule sans accrochages entre les deux coureurs. Les McLaren dominent outrageusement le Championnat du Monde, si bien que les deux pilotes remportent quinze des seize épreuves de la saison. Senna sera sacré Champion du Monde devant le français même si ce dernier avait plus de points. Mais le règlement de 1988 prévoyait qu’un pilote ne pouvait cumuler les points que de ses onze meilleures courses.

Ayrton_Senna_Imola_1989

En 1989 débute une nouvelle relation entre les deux coéquipiers. En effet, lors du GP de San Marin, un pacte de « non-agression » aurait été signé par les deux pilotes sous l’égide du directeur de l’écurie Ron Denis. Ce pacte stipulait qu’aucune attaque ne pouvait être faite au premier virage après le départ, pour éviter tout accrochage. Senna respecte ce pacte lors du départ, cependant, suite à un grave accident de course, un nouveau départ est donné et le brésilien attaquera Prost au premier virage.

GP San Marin 1989

S’en suit alors des règlements de comptes entre les deux pilotes, et l’affaire prend de l’ampleur quand Prost décide de dénigrer son coéquipier face aux journalistes. Les médias s’emparent de l’histoire, et une rivalité entre les deux concurrents débute. La suite de la saison s’avère compliquée pour Senna, bien que bénéficiant des dernières améliorations du moteur Honda (Senna apparaissant comme le pilote favoris du motoriste japonais équipant les McLaren), celui-ci abandonne quatre courses en début de saison, laissant Prost prendre le large. Le Grand Prix du Japon marque un tournant supplémentaire dans la relation Prost-Senna. Lors du 47ème tour, alors que Prost est en tête, Senna tente un dépassement en partant de trop loin. Le français lui ferme la porte pour l’empêcher de le dépasser et l’accrochage est inévitable. Prost doit abandonner, mais Senna, aidé par des commissaires de piste poussant sa monoplace, parvient à repartir. Il sera cependant disqualifié à l’arrivée pour avoir coupé une chicane et pour avoir été aider par les commissaires. Prost gagnera alors une nouvelle fois le titre de Champion du Monde.

Au Grand Prix suivant, Senna accuse la FIA (Fédération Internationale Automobile) et son Président Jean-Marie Balestre d’avoir organisé sa disqualification lors du Grand Prix du Japon, dans le but de faire gagner son partenaire Alain Prost. La saison se termine avec énormément de tensions au sein de l’écurie McLaren, que Prost quittera l’année suivante pour rejoindre Ferrari.

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Lors de la saison 1990, la tension est toujours palpable entre les deux hommes. Senna n’a pas oublié sa disqualification lors du GP de San Marin et encore moins l’acte de Prost, lui ayant fermé la porte lors de son dépassement. Aussi, lors de l’avant dernier Grand Prix de la saison, Senna est en tête du Championnat. Mathématiquement, si le français ne finit pas cette course, Senna sera champion. Lors du départ, Senna part du côté sale de la piste alors qu’il est en pôle. Prost partant du bon côté prend l’avantage. Le Brésilien accroche Prost au premier virage précipitant l’abandon des deux pilotes. Senna avouera l’année d’après qu’il a accroché Prost intentionnellement, pour se venger. Il finira vainqueur cette année du Championnat du Monde, Prost 2ème, mais deviendra l’un des pilotes les plus controversé du circuit avec ce geste dangereux.

En 1991, la Scuderia Ferrari arbore une voiture mal réglée. La relation entre Prost et Ferrari se dégrade encore légèrement quand il compare sa voiture à un camion. Le Français fait une saison très discrète, incapable de gagner une course. Il sera d’ailleurs limogé de l’écurie italienne à la fin de l’année. Ne trouvant pas de volant sérieux pour l’année 92, il décidera de prendre une année sabbatique.

Senna quant à lui deviendra une nouvelle fois Champion du Monde, mais avec beaucoup de mal. En effet la Williams-Renault de Nigel Mansell domine outrageusement la saison, mais suite à une sortie de piste au GP du Japon, Senna remportera le titre.

En 1992, La Williams-Renault de Mansell domine le Championnat. Senna apparaît en course comme démotivé et terminera d’ailleurs le Championnat à la 4ème place. Il avait un seul but : battre Prost. Le Français ne courant pas cette année, Senna n’arrivait pas à trouver l’envie de gagner. Prost avouera d’ailleurs dans une interview que pendant cette saison, son concurrent l’appelait régulièrement pour lui demander de revenir en Formule 1. Le Brésilien comprend que s’il veut redevenir Champion, il doit signer chez Williams-Renault. Mais Prost le sait également, et durant son année sabbatique, il a réussi à s’assurer un volant chez l’écurie Championne du Monde. Prost propose alors à l’écurie de venir courir gratuitement pour eux. Mansell, dégouté par ce comportement, décide de quitter la Formule 1.

Senna 1992 Monaco

En 1993, Prost signe son grand retour au volant de la Williams. Bien que non-titulaire pour un volant chez McLaren suite à son envie d’aller voir ailleurs, Senna n’ayant pas réussi à obtenir un volant chez Williams, il revient chez l’écurie britannique pour défier son rival.

Même s’il doit rouler avec un bolide moins performant, Senna arrive tout de même à signer des victoires et des performances qui resteront dans les annales, comme celle de Donington, où lors du premier tour sous la pluie, Senna réussira l’exploit de doubler quatre voitures dont celle de Prost.

Ayrton Senna 1993

A la fin de la saison, Prost gagnera le Championnat. Lors du dernier Grand Prix de la saison en Australie, Senna s’adjuge la victoire. Arrivé sur le podium, il invite son grand rival Alain Prost à monter sur la première marche avec lui. Ce GP marque la réconciliation entre les deux pilotes. A l’issue de cette saison, le Français décide de mettre un terme à sa carrière et laissera son ami seul en course.

Alain Prost et Senna

 

1994 : La fin d’une rivalité… et d’une amitié.

 En 1994, suite à la retraite de Prost, Senna rejoint Williams. Un autre adversaire redoutable pointe le bout de son nez et marquera lui aussi une des plus belles pages de la F1 : Michael Schumacher. Les deux premiers GP de la saison se soldent par un abandon de Senna, puis arrive le mémorable GP de San Marin, qui marquera un tournant tragique dans l’histoire de la F1.

Lors des séances d’essai libre du vendredi, un premier accident violent se produit avec la Jordan de Rubbens Barrichelo. Lors de la séance qualificative du samedi, un premier drame survient avec l’accident de l’Autrichien Roland Ratzenberger. Victime d’une défaillance mécanique (perte d’un aileron), Ratzenberger perd le contrôle de sa monoplace dans le virage Gilles Villeneuve et s’écrase à toute vitesse sur un mur en béton bordant la piste. Il est déclaré mort quelques instants plus tard, lors de son transfert hors du circuit. Plusieurs spécialistes évoquent le fait que Ratzenberger soit probablement mort sur le coup, mais comme le décès a été prononcé en dehors du circuit, les instances de la Formule 1 n’ont pas suspendu la course pour que la police ouvre une enquête. La course fût donc maintenue, malgré les signes annonciateurs de tragédies.

Senna, très affecté par ce drame et par l’ensemble des accidents de la saison, décide de discuter avec plusieurs pilotes, dont Schumacher et Prost, pour faire évoluer la sécurité lors des prochaines courses du Championnat.

Le dimanche 1er Mai, dès le départ, un accident survient entre deux monoplaces. Des débris sont projetés jusque dans les tribunes, blessants plusieurs spectateurs. La course est neutralisée et la voiture de sécurité entre en piste.

Une fois cette dernière rentrée au stand, la course reprend, le brésilien est en tête, talonné par Schumacher. A cet instant, Senna perd le contrôle de sa monoplace à plus de 300km/h dans la courbe très serrée de Tamburello et vient percuter un mur de béton à une vitesse de plus de 200km/h.

Senna est évacué à l’hôpital où sa mort sera officialisée vers 18h30. Suite à ce tragique accident, sa Formule 1 est rapatriée bâchée aux stands. Un commissaire y trouve alors un drapeau Autrichien que Senna aurait brandi en l’hommage de Ratzenberger s’il avait gagné la course.

La mort de Senna mis fin à l’histoire d’une légende. Un pilote hors norme qui marquera à tout jamais les esprits. Il fût un modèle pendant sa carrière. Souvent décrié, il tenait en respect l’ensemble des pilotes par son abnégation et son envie de gagner. Son changement de comportement suite à la retraite de Prost marqua les esprits et montra à quel point cet homme était passionné par son sport et par la sécurité des autres.

La rivalité qu’il a entretenue de si nombreuses années avec Alain Prost s’est finalement terminée par une amitié solide.

Senna respectait Prost: il respectait l’homme, il respectait le pilote. Il était indissociable de Prost, preuve en est, lorsque le français n’obtient pas de volant en 1992, Senna n’est que l’ombre de lui-même lors du Championnat. Il manque d’agressivité, il manque d’envie, il lui manque son rival pour pouvoir se dépasser.

Au final, une des dernières phrases que l’on peut retenir de cette rivalité de légende, est celle lancée par Senna à Prost pour saluer son départ à la retraite, lors de son tour commenté pour TF1 pour le GP de San Marin 1994 : « Avant de commencer le tour, un bonjour spécial à mon… à notre ami Alain. Tu nous manques à tous, Alain ! ».

Senna-Prost