Les rivalités du sport automobile : Niki Lauda et James Hunt

Lorsque l’on parle de sport, nous sommes obligés de soulever les rivalités qui existent ou ont existé entre des équipes, entre des champions, entre des Hommes. Des moments de légendes qui ont fait la beauté, mais aussi la tragédie du sport, des histoires connues ou oubliées, des Hommes qui ont, à tout jamais, marqué l’histoire.

Ces rivalités peuvent être perçues comme malsaines, mais souvent, elles représentent le petit grain qui transforme des champions en légende. Niki Lauda et James Hunt font partie de ces champions qui resteront à jamais dans l’histoire.

Si l’on devait citer les pilotes de formule 1 les plus marquants de l’histoire, nous aurions tendance à évoquer des champions qui brillaient par leur efficacité, leur aura, ou par leur charisme. Pourtant, si je devais en citer un, je pense que je citerais Niki Lauda.

Niki était un pilote complètement différent des autres et ce à bien des égards, mais sa passion, sa volonté, son analyse et sa connaissance des voitures, en on fait une des plus grandes légendes du sport automobile. En citant le nom de Lauda, je serais bien obligé de citer son opposé, à savoir celui de James Hunt. James, quant à lui, a bien d’autres qualités, qu’inconsciemment Lauda a toujours enviées. Mais tout comme le Yin est inséparable du Yang, je pense que l’on peut dire que Niki Lauda et James Hunt étaient inséparables l’un de l’autre.

Revenons un peu en arrière. Andreas Nikaulos Lauda, dit Niki Lauda, est né en Autriche en 1949. Issu d’une famille bourgeoise, Niki a un avenir déjà tout tracé par ses parents. Cependant, il ne va pas répondre aux attentes de ces derniers et va très vite couper les ponts avec sa famille, pour exercer sa passion pour le sport automobile. Niki tourne le dos à tout ce qu’il possède, pour créer sa propre histoire et débuter ainsi sa légende. Malin, il utilise son patronyme pour contracter plusieurs prêts, afin de débuter sa carrière.

En 1971 il se lance en Formule 1 au volant d’une March (modeste écurie de l’époque). Après trois saisons compliquées, il est repéré par Enzo Ferrari, après sa course remarquée au grand prix de Monaco, et intègre ainsi, en 1974, la fameuse écurie, au côté de son nouveau coéquipier, lui aussi fraîchement recruté, Clay Regazzoni.

Lauda n’a beau pas être un pilote réputé, il s’affirme dès son arrivée chez Ferrari. Dès le premier essai de sa nouvelle monoplace, il lance une petite bombe en disant « Cette voiture c’est de la merde ». Dès lors il va faire parler sa passion pour la mécanique de précision et va révolutionner la Ferrari, en faisant travailler ses mécaniciens jour et nuit, pour modifier entièrement la voiture.

James Hunt quant à lui est né en 1947 en Angleterre. Il commence sa carrière de pilote automobile dès l’âge de 18 ans. Il gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir pilote de Formule 2 dans l’écurie Hesketh en 1972. En 1973, l’écurie évolue en Formule 1. Hunt suit avec attention le parcours de Niki Lauda et ne comprend pas comment ce dernier a réussi à percer aussi vite en Formule 1. Hunt est également un provocateur qui brûle la vie par ses extrémités. Il arbore notamment sur sa combinaison le slogan : « Sex, the breakfast of champions » (le sexe, le petit déjeuné des champions).

Lors de la saison 1974, James Hunt et Niki Lauda s’affrontent lors du championnat de F1.

Lauda domine le début de saison, mais suite à des erreurs de pilotage et des problèmes mécaniques à répétition, il perd du terrain pour finir 4ème du championnat. James Hunt quant à lui termine à la 8ème place, en n’ayant couru qu’une partie de la saison.

La rivalité entre les deux pilotes qui avait déjà commencé dans l’antichambre de la Formule 1, venait de prendre davantage de relief, et l’année 1975 sera l’année qui va marquer un tournant.

En 1975 c’est l’avènement de Niki Lauda. Il remporte le titre de champion du monde et, cerise sur le gâteau, ajoute un trophée dans la vitrine de la Scuderia Ferrari qui devient ainsi championne du monde des constructeurs (titre qui fuyait la Scuderia depuis 11 ans). Lauda remporte le championnat, non pas grâce à son talent, mais grâce à sa justesse et à son intelligence en course. Décrié dans le paddock pour son attitude hautaine et sûr de lui, il est surnommé « le rat », rapport à ses dents avant proéminentes.

Niki est un modèle de sérieux et de persévérance. Il est loin d’être charismatique, n’attire pas les foules, ne correspond pas à l’image sulfureuse, que peuvent avoir les autres pilotes. Il s’occupe des réglages de sa voiture avec son équipe, il mène une vie très rangée et saine et c’est là tout ce qui le différencie d’un James Hunt.

James, quant à lui, est le bon vivant par excellence. Pour lui, la vie doit être vécue et il la consomme sans retenue. Pilote charismatique, collectionneur de femmes, fêtard, il brûle la vie et navigue sur le fil de cette dernière.

En 1976, Niki Lauda continue sa fulgurante ascension. Il entame le championnat en ne laissant aucune place à ses adversaires. Au dixième GP de la saison, qui doit se dérouler en Allemagne sur le fameux circuit du Nürburgring, il compte 35 points d’avance sur Hunt.

Juste avant le grand prix d’Allemagne, les pilotes se réunissent avec la commission de course. Ils soulèvent les risques que représentent ce circuit long de 22,8 km et extrêmement vétuste (c’est d’ailleurs la dernière année, où ce circuit sera utilisé). Une pluie diluvienne était attendue le jour de la course, et Niki décide de saisir la commission de course pour tenter de faire annuler le Grand Prix et ce dans le but d’assurer la sécurité des pilotes et d’éviter une tragédie. Les pilotes décident de voter, et le Grand Prix aura finalement lieu au grand désespoir de Niki.

Lors de la séance de qualification, qui se tenait la veille du Grand Prix, une pluie battante s’abattit sur le circuit. La qualification se montre décisive, car tous les pilotes souhaitent partir en première ligne, pour bénéficier de la meilleure visibilité possible et éviter les gerbes d’eau projetées par les voitures. Hunt décroche la pole devant Lauda.

Le jour du Grand prix arrive. Lauda et Hunt partent côte à côte. Quelques instants plus tard, toujours dans le premier tour, Jochen Mass commence à dépasser Hunt alors 2ème , puis il dépasse Lauda, afin de prendre la tête de la course.

Certaines parties de la piste s’assèchent très rapidement et Jochen Mass qui avait fait le choix de partir en pneus slick, prend naturellement la tête de la course. Les pilotes décident d’entrer au stand pour changer de pneus après seulement 1 tour. A la sortie des stands, Lauda accuse un retard important, suite à un souci au stand. James Hunt, quant à lui, a pris l’avantage.

Niki se lance alors dans une course folle pour tenter de rattraper son retard. On peut imaginer qu’à ce moment précis, il est transcendé par l’idée de rattraper James Hunt.

Puis, dans la courbe à gauche menant vers le virage « Bergwerk », Lauda perd le contrôle de sa Ferrari et vient taper violemment le rail de sécurité.

La voiture rebondie contre le rail et vient valser au milieu de la piste. Le pire reste à venir, car soudain la voiture de Lauda s’enflamme. Il est ensuite percuté par la Surtees de Brett Lunger. Plusieurs pilotes arrivent et sortent de leur voiture pour tenter d’extirper Lauda de la carcasse brûlante, dans laquelle il est coincé. Arturo Merzario arrive à dégrafer la ceinture de Lauda, mais ce dernier continu de brûler vif dans sa voiture. Les secours tardent à arriver et se sont les pilotes qui arrivent à sortir Niki de son enfer. Lauda sera resté coincé près de 1minute dans un brasier à plus de 425°C.

Il est alors pris en charge par les secours et emmené en urgence à l’hôpital. James Hunt gagnera le GP d’Allemagne.

Lauda était entre la vie et la mort à son arrivée. Ses brûlures étaient très importantes, mais les médecins étaient davantage préoccupés par ses poumons. Lauda avait passé de longues secondes à respirer des fumées toxiques dans son véhicule.

Niki subira alors de douloureuses interventions. Régulièrement le médecin placera un tube dans ses poumons, pour aspirer ce qu’il y a dedans. Lauda racontera plus tard, que c’était horrible et extrêmement douloureux. Mais Lauda est une force de la nature. Il insiste auprès des médecins, pour que cette opération se produise souvent, pour que son état évolue. Le médecin veut préserver Lauda et y aller petit à petit, mais Lauda ne pense qu’à une chose, retourner à la course.

3 jours après cette tragédie, les jours de Lauda ne sont plus en danger. Cependant, il restera défiguré à vie. Il aura perdu dans cet accident une partie de son oreille droite, une grande partie de son cuir chevelu, son front et sa paupière droite qui seront reconstruits grâce à une greffe.

42 jours. Voilà ce qu’il aura fallu à Niki Lauda pour revenir dans le paddock, et enfiler son casque. Meurtri physiquement, arborant des bandages pour cacher son visage, Lauda décide de courir le Grand Prix de Monza, contre l’avis de ses médecins. Le jour de la conférence de presse, un journaliste demande à Lauda, ce que pense sa femme au réveil, quand elle le voit. Lauda partira de la conférence, et James Hunt, assistant à cette conférence de presse, ira discrètement corriger ce journaliste. Car, même si Lauda et Hunt sont rivaux, ils se respectent, et Hunt a été très affecté par l’accident de son rival.

Lors de cette course, Hunt abandonne et Lauda signe une performance de haut rang, malgré sont état de santé. Cette course restera d’ailleurs l’un des plus beaux exemples de combativité et abnégation.

Nous voici au dernier Grand prix de la saison 1976. Grâce à la marge qu’il avait cumulé avant son accident, Lauda est toujours en tête du championnat du monde. James Hunt qui a refait son retard, ne pointe qu’à trois petits points de l’Autrichien.

Au Grand prix du Japon, tout va se jouer et c’est sous une pluie battante, que la dernière manche du championnat du monde se déroulera. Les pilotes ne sont pas rassurés à l’idée d’aller courir, mais la F1 répond à des impératifs médiatiques et les pilotes, tout comme Lauda, décident de monter dans leur monoplace et de s’élancer.

Le courage de Lauda restera à tout jamais un exemple pour le sport. Sa volonté de continuer même après son terrible accident montre sa passion pour ce sport et sa force de caractère. Certains penseront qu’il était fou, mais au contraire, Lauda était loin de l’être. Il sait ce qu’il a déjà perdu, mais il sait ce qui lui reste. L’envie de vivre et l’amour de sa femme le pousseront à abandonner la course seulement deux tours après le départ.

Il perdra ainsi le championnat du monde pour un petit point, au profit de James Hunt.

Il reviendra en 1977 où il gagnera à nouveau le titre de champion du monde et James Hunt abandonnera progressivement sa passion pour ce sport, jusqu’à l’arrêter en 1979.